Édito n° 17 – Big Valls is watching you !

La loi sur le Renseignement s’apprête à être votée dans l’indifférence parlementaire (regardez cet Hémicycle quasi désert !), malgré la levée de boucliers en France et à l’étranger contre cette atteinte majeure aux libertés fondamentales et aux droits individuels.

Pour que des journaux comme le New York Times, l’ensemble des organismes de défense des droits de l’homme, les Géants du Web, les Fournisseurs d’Accès à Internet, et de multiples autres acteurs et notamment dans la Magistrature, sans parler de la CNIL et de la Commission Numérique de l’Assemblée Nationale, l’Observatoire des Libertés et du Numérique, et le commissaire européen chargé des Droits de l’Homme ou le juge anti-terroriste Marc Trividic (interviews dans plusieurs médias nationaux), s’insurgent massivement contre ce projet liberticide, il faut que l’enjeu soit de taille, pourtant, non ?

Qu’est-ce qui peut justifier une telle obstination de la part d’un gouvernement qui menait le cortège pro-Charlie il y a peu ?

  • L’efficacité de la lutte contre le Terrorisme ? Tous les experts s’entendent à dire que le Patriot Act américain est un échec. Et en France, on a déjà eu l’occasion de constater les lacunes des services de renseignement. Et cette nouvelle loi n’y changera rien.
  • La régularisation des pratiques des services de renseignement ? Curieux raisonnement : ça n’aidera en aucune façon à les encadrer, puisque la légalité ils s’en foutent complètement par principe, il suffit d’énumérer les moyens déployés depuis Echelon jusqu’au PNCD pour s’en convaincre ; et que le projet de loi vise justement à les affranchir de toute surveillance légale d’ordre judiciaire : Ils ne dépendront que du Premier Ministre (comme l’a bien précisé Marc Trividic sur RTL le 21 avril) .En fait, il s’agit seulement de repousser la frontière, en attendant l’étape suivante (le décryptage des données chiffrées, comme le suppose Médiapart ?).

Dans un précédent Édito, je remarquais que les méthodes employées par la NSA et autres agences américaines allaient coûter de plus en plus cher à l’Oncle Sam, car la surveillance généralisée faisait fuir clients étrangers et partenaires économiques. Ce qui n’empêche pas ces agences de renseignement de réclamer encore plus de moyens de surveillance, soutenues par le Ministère de la Justice US.

En France, cette Loi scélérate va avoir les mêmes effets. Déjà, plusieurs hébergeurs comme OVH et Gandi sont en train de préparer leurs bagages. Et qui aura envie de venir s’installer dans un pays qui vous espionne systématiquement et ne respecte pas la confidentialité de vos données ?

Non seulement il y aura des dommages politiques et sociaux, mais rapidement aussi économiques. C’est ce que pense un nombre impressionnant d’acteurs de l’économie numérique. Vous n’êtes pas assez impressionné ? en voici d’autres : la galaxie des opposants, le Manifeste des 110 000, (où vous ne me trouverez cependant pas, car j’ai lu les conditions d’utilisations de mes coordonnées : lisez-les aussi avant de signer).

Alors, pourquoi ne pas en rester à la Loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l’informatique, aux fichiers et aux libertés, qui énonce ces principes, pourtant évidents dans une démocratie :
« L’informatique doit être au service de chaque citoyen. […] Elle ne doit porter atteinte ni à l’identité humaine, ni aux droits de l’homme, ni à la vie privée, ni aux libertés individuelles ou publiques. »