Édito n° 15 – C’est quoi aujourd’hui le « monde libre » ?

Quand on a commencé à accuser de grandes firmes high-tech américaines de servir à l’espionnage des services secrets US, bien avant que le nom de Snowden ne nous soit connu, leur réaction a été de démentir avec indignation.
Puis l’affaire Snowden a montré l’ampleur cosmique de la surveillance dont la planète était l’objet, avec comme corollaire l’implication évidente et massive des géants du Numérique comme vecteurs de cet espionnage. Il devenait difficile alors pour eux de nier leur collaboration, d’autant plus que la NSA elle-même l’admettait.

Leur réaction a alors été de prétendre qu’ils y étaient forcés, du fait du Patriot Act et des autres lois sur la sécurité nationale, et de faire savoir qu’ils s’en expliqueraient entièrement si seulement ils étaient délivrés de l’obligation légale de faire silence sur le sujet. Leur héroïsme allait jusqu’à contester la violence qui leur était faite devant les tribunaux, parallèlement à leur imploration réitérée du Président d’agir pour faire cesser cette emprise, immensément dommageable à l’économie du pays.

Mais voilà qu’on apprend maintenant que ce sont les entreprises high-tech qui sont allé chercher la NSA et non l’inverse, et lui ont donné les moyens d’y implanter backdoors et autres solutions d’espionnage massif. Mais qu’on se rassure, ce n’est pas de gaité de cœur qu’elles l’ont fait, mais seulement parce qu’elles n’arrivaient pas à se défendre contre les vilains pirates chinois qui leur voulaient du mal, ainsi qu’à leurs clients.

C’est Google qui est accusé (par le journaliste Shane Harris) d’avoir été l’initiateur de cette démarche auprès de la NSA, on attend donc sa réaction avec intérêt. Des fois que ce serait simplement une peau de banane glissée par les Services de Renseignement pour affaiblir les géants high-tech et se redonner le beau rôle, dans le match dont je parlais dans mon précédent édito entre le FBI (et autres services secrets) et l’industrie high-tech américaine pour imposer leur vision du « monde libre » ?

En tous cas, le match en est à 1 à 0 pour les tenants de la surveillance généralisée, grâce au rejet par le Sénat américain de l’USA Freedom Act.