C’est le moment de passer à Ubuntu

 

L’arrivée d’Ubuntu 14.04 coïncide avec la mise au rebut de Windows XP par Microsoft. Par ailleurs, Windows 8.X déçoit beaucoup d’utilisateurs, et oblige ceux qui étaient familiarisés avec le système Windows à tout réapprendre comme des débutants.
Alors tant qu’à devoir apprendre, pourquoi ne pas passer à Ubuntu, qui est une distribution facile à installer et facile à prendre en mains ? Ubuntu (ou l’une de ses variantes) est la distribution la plus abordable pour le windowsien qui cherche une alternative à une évolution de Windows qu’il n’apprécie pas.
Le passage à Ubuntu présente donc de sérieux avantages, si on peut utiliser le mot « avantage » pour parler de sa liberté, comme disait Richard Stallman.
Le premier de ces avantages, c’est en effet de ne pas être captif de son compte Microsoft pour utiliser son propre ordinateur.
Le deuxième avantage, c’est qu’une distribution Linux est plus légère et plus réactive, ce qui conviendra bien à ceux dont la bécane aurait eu du mal à passer à Vista et au-delà, et à tous ceux qui veulent booster leur ordi (voir mon article : Recycler un vieux SSD avec une distribution Linux).
Et la suite de l’article vous montrera tous les autres…

1- Sortie d’une nouvelle version d’Ubuntu

Ubuntu 14.04 (Trusty Tahr) sort en version stable le 17 avril 2014.
C’est une version LTS (Support à Long Terme de 5 ans), donc une version dont la stabilité et la sécurité ont été particulièrement soignées.
maj mai 2015 : la version 15.04 (« vivid vervet ») vient de sortir. Pour la présentation, voir par ex. le site de de LinuxFR.
Le site Ginjfo a fait un article pour le promouvoir en lieu et place de Windows 8.x, et ma foi, je partage largement cette idée.
Comme arguments, Ginjfo avance :

  • sécurité : pas de virus, et donc pas besoin d’anti-virus coûteux , protection des données meilleure, chiffrement immédiat et plus simple, bouton permettant de bloquer la transmission de données, avantage de l’open source contre failles et backdoors) ;
  • gratuité de l’OS et des applications ;
  • gaming de plus en plus possible (steam pour Linux).

Les arguments ne sont pas très solidement étayés, et les commentaires pas toujours aimables. Voici les miens :

  • La sécurité est certainement plus grande, de par la conception du système de fichiers Linux, des efforts des distributions pour renforcer celle-ci… et de la faible audience de Linux sur PC ! Puisqu’il apparaît à l’inverse que, là où Linux domine le marché, on vient justement de trouver un énorme malware qui polluait des milliers de serveurs.
  • La gratuité de l’OS et des applications est en effet une réalité appréciable, mais ce n’est pas la gratuité en elle-même qui fait la force du Libre, c’est sa philosophie et ses « 4 grandes libertés » (voir plus bas). Car il existe de multiples logiciels gratuits, voire open source, et même des systèmes, comme Google OS, mais c’est exactement l’inverse de la philosophie du Libre, puisqu’il s’agit chez Google de rendre l’utilisateur captif et dépendant, pour mieux monétiser sa possession.
  • Les jeux sur Linux ? ça vient, dirons-nous. D’autant plus que nVidia et même ATI fournissent désormais des pilotes appropriés pour Linux. Si l’on ne vise pas les derniers grands jeux, on peut passer à Ubuntu et à certaines autres distributions. Au besoin, on peut presque tout faire tourner sous Wine, avec de bons résultats. Le problème est éventuellement celui des périphériques, car certains fabricants/éditeurs comme Logitech restent allergiques à Linux, pour l’instant (dommage pour les fonctionnalités de mon clavier et de ma souris…).
  • Pour l’audio, la vidéo et les films, c’est pareil, Il y a tout ce qu’il faut, même pour le montage vidéo, la composition musicale…
  • Pour l’image et la photo, ainsi que pour le graphisme, on a des programmes qui ne peuvent pas tout-à-fait concurrencer ceux que l’on trouve sous Windows et MacOS, mais qui suffisent largement pour des usages non professionnels (et là, la gratuité, ce n’est pas un petit avantage, hein !)

Je voudrais ajouter d’autres avantages :

  • Pour moi qui fait tourner mes OS avec des SSD plutôt qu’avec des disques durs traditionnels, Ubuntu 14 va proposer le TRIM par défaut. D’accord, on pouvait déjà l’activer dans Linux depuis 2009, et je ne m’en suis pas fait faute, mais c’est mieux qu’il le soit par défaut.
    J’attends avec impatience les améliorations cosmétiques qui vont apparaître avec la nouvelle version : nouvelle barre de menus, explorateur de fichiers plus clair (files succède à Nautilus), etc.
  • Ubuntu est une distribution assez lourde, par rapport à certaines autres sur lesquelles j’écrirai certainement des articles. Mais elle est malgré tout plus légère que Windows Vista et postérieures. On n’a donc pas besoin de racheter une nouvelle bécane plus puissante si l’on se sent obligé d’abandonner Windows XP à cause de la fin de la maintenance de Microsoft. Et si vous voulez passer de Windows 8.X à Ubuntu 14.X, vous verrez tout de suite que votre ordi démarre et s’éteint plus vite. Et qu’il ne s’encrasse pas à la longue, comme Windows, faisant ramer de plus en plus votre PC.
  • Mais bon, l’argument principal quand même, l’essentiel je dirai, c’est de rester maître de son PC et de ses programmes. Cela vaut bien sûr pour l’ensemble du monde GNU-Linux, dont Ubuntu fait partie. De ne pas se sentir surveillé en permanence, de ne pas avoir à trouver des parades jamais suffisantes pour échapper à l’exploitation commerciale de tout ce que vous faites depuis votre ordinateur. D’être prisonnier d’un environnement propriétaire, qui ne vous laisse qu’une liberté surveillée et des droits restreints.

Ce n’est pas que la prudence ne soit plus nécessaire, évidemment. Ni qu’il n’y ait pas des précautions à prendre, C’est le cas notamment pour Ubuntu, qui flirte un peu trop avec la pub. J’indiquerai plus bas quelques liens pour y faire face.
Et plus il y aura de particuliers et d’organismes à adopter Ubuntu, plus il faudra se soucier des risques que l’on ne trouve pour l’instant qu’avec les systèmes propriétaires.

Je ne suis pas un adorateur béat d’Ubuntu, qui a ses défauts et ses limites. Ni de Linux, qui est parfois bien abscons et compliqué. Je dis simplement que pour « rester maître chez soi », il n’existe plus d’autre solution que de passer à Linux, et qu’Ubuntu est la solution la plus abordable pour l’actuel windowsien (voir mon Edito n° 11), à fonctionnalités équivalentes.

2- Comment aborder Ubuntu ?

Voici quelques liens pour vous y mettre :

->Qu’est-ce qui différencie GNU-Linux de Microsoft, Apple, Google, et les programmes « privateurs » en général :

  • https://www.gnu.org/philosophy/philosophy.fr.html
  • https://www.gnu.org/philosophy/free-sw.html
  • http://doc.ubuntu-fr.org/initiation

->Où trouver facilement tout ce dont vous avez besoin pour vous lancer dans Ubuntu :

Le site de la communauté francophone est votre bouée.
Entre autres, vous trouverez un manuel en français, très complet et détaillé, qui concerne Ubuntu 13.10 (celle qui précède la version 14.04 sortie en avril (04) 1914), mais à part les nouveautés de la dernière version, pour lesquelles vous trouverez immédiatement toutes les explications, il convient complètement. A siroter avec modération, au fur et à mesure de vos besoins, car il y beaucoup de pages !

->Pour l’installation, le site francophone vous donne toutes les indications. Je ne vais donc pas m’en mêler. Il existe aussi d’autres sites recommandables comme Open classrooms, Overblog, ou Lea-Linux.

Simplement, si vous ne connaissez rien d’Ubuntu, je vous conseille de vous faire aider, en allant par exemple à une Install Party faite par des associations de promotion des logiciels libres, ou en EPN (cybercommunes, etc.). Ça vous permettra de franchir plus vite et avec moins de stress cette étape délicate, bien que Ubuntu soit devenu largement aussi facile à installer que Windows.

Sinon, je vous conseille la version Ubuntu de base avec Unity, architecture Intel 64 bits, sauf si votre PC ne supporte que le 32 bits. L’image ISO de cette version s’appelle : ubuntu-14.04-desktop-amd64.iso (ubuntu-14.04-desktop-i386.iso pour les processeurs de type Intel 32 bits). Après avoir contrôlé l’intégrité du fichier (hash MD5), vous graverez ce fichier .iso sur un DVD (avec CDBurnerXP par exemple, option « graver une image iso », en vitesse lente).

Mise à jour novembre 2015 : Si vous avez l’intention de vous lancer maintenant, préférez la version 15.10 qui vient de sortir, et qui s’appelle donc ubuntu-15.10-desktop-amd64.iso pour le 64 bits et ubuntu-15.10-desktop-i386.iso pour le 32 bits. Télécharger la sur le site officiel anglophone mais vous choisirez la langue française pendant l’installation).

Je vous conseille enfin, même si vous avez l’intention de l’installer définitivement, de le lancer une fois gravé en version d’essai (= live CD). Et de choisir, une fois celui-ci sur votre bureau, l’installation définitive (il y a une icône sur laquelle cliquer). Ça vous évitera quelques réglages pas forcément évidents.
A propos, si vous voulez installer Ubuntu en dual-boot, c’est à dire à côté de Windows, 2 liens utiles :

  • http://doc.ubuntu-fr.org/cohabitation_ubuntu_windows
  • http://lehollandaisvolant.net/tuto/dualboot/

et si vous avez un ordi récent à bios UEFI, l’installation par le liveCD vous évitera les tracas, mais lisez quand même ces articles :

  • http://doc.ubuntu-fr.org/uefi
  • http://doc.ubuntu-fr.org/uefi?redirect=1#versions_d_ubuntu_demarrables_en_mode_efi

3- Quelques réglages d’Ubuntu pour éviter les glissements commerciaux et publicitaires de Canonical :

– pendant l’installation, évitez de donner les informations personnelles non indispensables, et notamment évitez de souscrire à Ubuntu One (le cloud d’Ubuntu) : il suffit pour cela de choisir l’option « installer plus tard ».
(Canonical vient d’annoncer la fermeture de Ubuntu One, qui ne faisait pas le poids face aux solutions propriétaires : 5 Go gratuits, ce n’est plus assez, et proposer davantage, c’est trop coûteux. Donc vous n’aurez pas ce réglage à faire pour la version 14.04).

– Voici 4 liens qui vous serviront à éviter la pub :

  • http://www.pclinuxfr.net/comment-desactiver-les-suggestions-amazon-commerciales-et-dautres-scopes-unity-dans-ubuntu-13-10/
  • http://www.developpez.com/actu/48411/Ubuntu-12-10-la-recherche-sur-Amazon-maintenue-mais-elle-peut-etre-desactivee-a-partir-des-options-de-confidentialite/
  • http://neosting.net/comment-desactiver-ladware-dubuntu-dans-le-dash-unity
  • http://www.linuxcore.fr/2013/02/dash-unity/

Encore une bonne nouvelle (sauf pour les finances de Canonical) : devant les critiques concernant cette entorse à la philosophie du Libre, les liens commerciaux vont être désactivés par défaut dans Ubuntu 14.04. Mais vérifiez quand même.

C’est tout pour le moment, mais nul doute que je ne sois amené à étoffer par la suite cette partie sur la protection de la vie privée et la sécurité.

Mise à jour octobre 2014 : une des nouveautés de la version 14.10, c’est de proposer Netflix, mais seulement avec Chrome/Chromium. Si comme moi vous ne voulez absolument pas implanter les fameux DRM EME et permettre à Adobe de s’infiltrer sur votre distribution « libre », préférez Firefox, qui malheureusement l’a implémenté à son tour ; mais vous pouvez au moins le désactiver. Ou alors choisissez un clone de Firefox, comme PaleMoon, qui résiste, et si vous êtes sous Ubuntu ou Debian et dérivées, préférez IceWeasel.

4- Installer une variante d’Ubuntu

Ubuntu, distribution dérivée de Debian, a donné lieu à son tour à une multitude de variantes. Certaines de ces variantes sont soutenues par Canonical (la maison-mère d’Ubuntu), ou se sont développées indépendamment voire en opposition avec les orientations d’Ubuntu. Le site d’Ubuntu les appelle des versions non officielles, d’autres diront des « forks », quoique la signification du terme prête aussi à discussion (par exemple Wikipédia vs Tweekers’ blog).

On trouve une liste des principales variantes officielles et non officielles, avec leurs caractéristiques majeures,dans la documentation du site francophone. Il en existe beaucoup (trop) d’autres, mais peu importe ici.

Pourquoi choisir une version dérivée, plutôt que la version de base ? La documentation sur les variantes l’explique bien, et je me contenterai d’ajouter une raison liée aux critiques formulées plus haut sur les dérives commerciales : les versions non officielles sont soutenues par la communauté du Libre et sont indépendantes des stratégies mercantiles de Canonical. Cependant, si certaines restent dans la philosophie du Libre, d’autres se servent simplement du droit d’utiliser le code source à leur libre disposition pour développer leur propre stratégie commerciale.

Personnellement, j’utilise Xubuntu, qui est donc une Ubuntu avec un environnement XFCE, que j’apprécie pour sa grande modularité.
Lubuntu, ou plus généralement les versions qui utilisent LXDE, conviendra aux vieux ordis, en échange d’une moins grande richesse d’options.
Edubuntu intéresse tout particulièrement évidemment les milieux scolaires. Et j’ai testé avec plaisir Emmabuntus, soutenu par la communauté Emmaüs pour le recyclage de vieux ordinateurs.

Parmi les variantes non officielles, LinuxMint (qui est en version 18 en juin 2016), ne cesse de progresser et est certainement devenue une distribution majeure. Linux Mint s’est développé par opposition à l’adoption d’Unity par Ubuntu, notamment, et à connu grâce à cela une réelle popularité, la faisant passer selon Distrowatch un temps devant la version de Canonical en nombre de téléchargements. Sa communauté francophone est très active. Depuis, sa popularité ne faiblit pas du tout, ce que l’article de Le Monde Informatique justifie bien. Et la version 17 vaut les éloges de ZDnet, et Eric Granier a fait un bon tuto pour la v.18.

Je dis grand bien par ailleurs d’une autre distribution, dérivée directement de Debian et non d’Ubuntu, qui s’appelle HandyLinux