Édito n° 11 – La notion de PC : la fin d’une époque ?

Mon précédent Édito titrait “Internet gratuit : la fin d’une époque ?” Je ne sonnais pas le tocsin : à part des gens comme moi, qui font du bénévolat parce que c’est leur manière d’occuper leur temps libre en rendant service aux autres, il faut bien que ceux dont c’est le métier gagnent leur vie !
Et depuis longtemps, je sais bien que, quand on n’est pas dans l’univers du “Libre” (au sens de Richard M. Stallman), “quand c’est gratuit, c’est vous (en général) le produit”. Et donc j’achète un certain nombre de services pour éviter les contreparties de la “gratuité” : J’ai un hébergeur payant, j’ai une messagerie payante, j’ai un VPN payant, j’ai un cloud payant, etc.
Histoire de garder un minimum de vie privée. Tant que c’est encore possible.

En tous cas vis-à-vis des agences publicitaires, car vis-à-vis des agences de renseignement, c’est râpé. La seule réplique de la France à PRISM, ce n’est pas comme les Allemands de mettre au point un protocole de sécurisation des données, non, c’est d’instaurer un Patriot Act à la française (Bravo les socialistes, c’est sûrement pour ça que j’ai voté pour vous aux précédentes élections !).

Mais même pour échapper à la traque commerciale, ça va devenir de plus en plus difficile, à moins de passer aux distributions Linux. Car la tendance est à la mise en place d’environnements où l’utilisateur devient captif d’un des grands éco-systèmes développés par Apple, Google et Microsoft, dans l’ordre :

  • Apple a été le pionnier – comme toujours – … dans l’art de vous rendre captif et de vous contrôler. Et de développer à la fois des SAASS, et des appareils interconnectés pour vous “suivre” tout le temps/partout.
  • Google vient de se faire sanctionner par la CNIL, après l’avoir été du G29 (les CNIL européennes), pour son système d’interdépendance entre ses différentes applications, lui permettant d’avoir une connaissance complète de ses utilisateurs. Ce n’est qu’une péripétie de plus, dans un bras de fer qui dure depuis des années entre Google et les organismes qui défendent la vie privée. Et avez-vous remarqué à quel point Gmail insiste pour connaitre vos numéros de mobile ? comme ça il est possible de vous pister même en-dehors de chez vous. Et quand on sait ce que l’on peut faire dans ce domaine, ça rend pessimiste.
  • Microsoft adopte des dispositions analogues au compte Google, qui permet d’unifier l’ensemble des services qu’il vous offre, avec le « compte Microsoft ». Par ex. Windows 8 oblige à se connecter à son compte MS pour pouvoir utiliser son ordinateur (et la possibilité de travailler en “local” devient plus difficile avec W 8.1). Les applications du Windows Store deviennent omniprésentes, MS Office fonctionne en ligne (deviennent des logiciels hébergés, comme Google Docs, FB, Twitter, et non plus des logiciels installés (Michiel de Jonc), nos données sont stockées sur Skydrive, nos mails sont naturellement gérés par “Mail”, nos recherches internet par Bing, nos conversations téléphoniques par Skype… Rien de notre vie numérique ne peut échapper à Microsoft, aux régies publicitaires qu’il soutient (il y a un discret paramétrage de W8 pour ne pas utiliser la pub proposée par défaut), ainsi qu’à la NSA

Autrement dit, la tendance lourde est de faire de nos PC de simples terminaux, connectés à un cloud dont on sera captif, louant au coup par coup les applis et les prestations dont on aura besoin, pour des activités pour lesquelles notre prestataire aura non seulement un droit de regard, mais qui en fait ne nous appartiendront plus – pas plus que les vidéos que l’on regarde en streaming ou ou les livres numériques qu’on télécharge sur liseuse.

Les statistiques signalent une “décroissance importante des ventes de PC” au profit des appareils connectés. Mais c’est plus que cela : les PC sont en voie de disparition, si l’on se souvient que PC signifie Personal Computer, c’est à dire un ordinateur personnel, dont le matériel et son contenu nous appartiennent en propre.