Édito n° 14 – Le FBI et ses backdoors

Après l’annonce d’Apple et de Google de la mise en place de solutions de chiffrage de leurs messageries, le FBI s’émeut et conteste ces décisions au nom de l’efficacité de la lutte contre la criminalité et le terrorisme.

Et comme il le fait dans un contexte de contestation par l’opinion publique des atteintes au respect de la vie privée et de fronde des grandes firmes américaines du Numérique contre l’obligation de collaborer avec les services gouvernementaux pour espionner tout le monde, le patron du FBI a eu une idée géniale : puisque cela incommode qu’on implante des backdoors, il faut implanter des frontdoors ! Autrement dit, des portes dérobées certes, mais sur lesquelles on écrirait en toutes lettres “accès strictement réservé au FBI”.

Quand j’ai lu cette déclaration du FBI, j’ai pensé, comme d’autres, que c’était un écran de fumée pour faire croire au monde entier que les grands du Web avaient trouvé des solutions pour regagner la confiance des utilisateurs.
Mais non, parce c’est une rengaine que le FBI entonne depuis au moins la loi CALEA de 2004, pour inciter le gouvernement à lui accorder plus de moyens d’espionnage. Et chaque année, on retrouve les mêmes arguments du FBI :

On peut discuter la pertinence de la proposition :

D’abord, maintenant que tout le monde sait qu’il y a des logiciels espions dans tous nos appareils numériques, le signaler ouvertement ne sert plus à grand chose, puisque ça n’informe plus personne.

Ensuite, il n’y a plus grand monde non plus à croire que les mesures prises par les grandes firmes américaines empêcheraient la surveillance généralisée, même s’il est évident que cela compliquerait la tâche des grandes oreilles.

Enfin, vouloir maintenir et même renforcer l’arsenal de surveillance du net, de plus en plus colossal, ne pourrait qu’avoir des effets négatifs sur l’image des USA et sur son économie numérique. Les dommages sont déjà visibles, et vont se renforcer à mesure que des solutions “souveraines” et alternatives vont se mettre en place pour se substituer aux produits et services américains, et l’ICANN ne sera peut-être être sauvée qu’en s’affranchissant de la tutelle US.

Les géants du numérique (et pas seulement du web) l’ont parfaitement analysé, et tirent la sonnette d’alarme. La dernière citation de l’article, tirée de The New America Foundation, annonce clairement les enjeux.

Le gouvernement américain ne peut plus l’ignorer, et devrait adapter sa législation, avant que les dégâts ne deviennent irréversibles. Mais les services de sécurité ont un tel pouvoir aux USA, depuis J. Edgar Hoover, que ce n’est pas gagné d’avance. Qui va l’emporter, de l’économie américaine ou des services “gouvernementaux” de sécurité et d’espionnage ?

Le match va être intéressant à suivre, et plein d’enseignements à en tirer pour l’avenir de la démocratie dans le monde.