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Critique : The Furious, la nouvelle claque monumentale du cinéma d’action asiatique

The Furious arrive comme une déflagration dans un paysage du cinéma d’action asiatique déjà habitué aux coups de tonnerre. Là où beaucoup de films récents cherchent à prolonger l’ombre immense de The Raid, Kenji Tanigaki choisit une voie plus vorace : absorber plusieurs traditions martiales, les comprimer dans un récit de traque brutal, puis les relâcher à l’écran avec une générosité presque indécente. Le résultat ressemble moins à une simple démonstration de baston qu’à un laboratoire fiévreux où chaque décor devient une arme, chaque corps un projectile, chaque silence une respiration avant l’impact.

Avec Critique : The Furious, la nouvelle claque monumentale du cinéma d’action asiatique, il faut parler d’un film qui ne cherche pas à séduire par la sophistication de son intrigue, mais par une foi totale dans la mise en scène physique. Produit à Hong-Kong, situé en Thaïlande, porté par des talents venus du Japon, de Hong-Kong et d’Indonésie, ce long-métrage assume sa nature de carrefour explosif. Mo Tse, Joe Taslim, Yayan Ruhian et Joey Iwanaga s’y croisent dans une mécanique de survie où le moindre affrontement semble pensé pour arracher au spectateur une réaction viscérale. Le film sort en salles le 10 juin 2026, avec l’énergie rare d’un objet qui veut rappeler pourquoi le cinéma d’action se vit aussi avec les muscles crispés.

Critique de The Furious : Kenji Tanigaki transforme le cinéma d’action asiatique en uppercut total

Kenji Tanigaki n’arrive pas sur The Furious comme un simple metteur en scène attiré par le genre. Son parcours raconte déjà une histoire : formé dans l’écosystème hongkongais, passé par la chorégraphie, la supervision de cascades et les grandes mécaniques martiales, il connaît les règles internes de l’action mieux que beaucoup de réalisateurs qui se contentent de la filmer de loin. Son nom circule derrière des œuvres comme City of Darkness, Sakra ou Raging Fire, autant de titres qui ont entretenu la flamme d’un cinéma physique, lisible, nerveux, où le corps de l’acteur reste la première source de spectacle.

Dans The Furious, cette expérience se sent dès les premières minutes. Le film ne s’installe pas dans un monde réaliste au sens strict ; il bâtit plutôt un espace de tension continue, presque vidéoludique, où chaque lieu annonce une nouvelle épreuve. Un marché abandonné n’est pas seulement un décor. C’est un terrain de pièges, de cachettes, d’angles morts et d’armes improvisées. Un couloir étroit n’est pas une transition entre deux pièces. C’est une promesse de compression, de panique et d’inventivité chorégraphique.

Le récit repose sur deux trajectoires croisées. Wang Wei, interprété par Mo Tse, est un immigré muet dont le passé trouble affleure par fragments. Sa fille Rainy disparaît, l’obligeant à plonger dans un réseau de ravisseurs. En parallèle, Navin, journaliste incarné par Joe Taslim, cherche sa compagne, volatilisée après avoir enquêté sur les mêmes trafiquants humains. Le film rapproche ces deux hommes non par de longues scènes explicatives, mais par une nécessité immédiate : avancer, encaisser, frapper, survivre.

Ce choix narratif peut déconcerter. La dramaturgie de The Furious tient parfois du prétexte assumé, avec sa corruption policière, ses filatures, ses malfrats interchangeables et sa mécanique de vengeance. Pourtant, cette simplicité ne devient pas un défaut rédhibitoire, car Tanigaki semble parfaitement conscient de ce qu’il met au premier plan. Le scénario sert de rails à une locomotive lancée à pleine vitesse. Il n’habille pas l’action : il la propulse.

The Furious et l’héritage de The Raid, Hong-Kong et Kenshin

Voir Joe Taslim au générique suffit à réveiller des souvenirs de The Raid, de The Night Comes for Us ou même de ses apparitions dans des productions internationales comme Mortal Kombat. Pourtant, réduire The Furious à une variation indonésienne serait une erreur. Le film est plus hybride, presque bâtard au meilleur sens du terme. Il convoque l’intensité du pencak-silat, la précision hongkongaise du découpage, l’élan japonais de la chorégraphie millimétrée et une forme d’outrance proche du jeu de combat.

Ce mélange donne au film une identité particulière. Là où certaines productions récentes recyclent des recettes avec application, The Furious semble chercher la saturation créative. La question n’est jamais seulement : comment faire mal ? Elle devient : comment transformer un geste de combat en événement de cinéma ? C’est cette ambition, constamment perceptible, qui permet au film de dépasser son intrigue fonctionnelle.

Comme le dirait Nora, spectatrice fictive mais plausible, venue en salle pour “voir un bon film de baston” sans attendre une révélation : après vingt minutes, la curiosité laisse place à une forme d’ébahissement. Non parce que l’histoire surprend, mais parce que la mise en scène refuse la paresse. Dans The Furious, le choc n’est pas un accident ; c’est une méthode.

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Scène de combat intense dans un parking ou sous-sol, montrant un affrontement physique entre trois hommes, dont un sautant avec une arme blanche.

The Furious, film d’action asiatique 2026 : un rythme non-stop et une mise en scène qui cogne juste

Le rythme de The Furious est l’un de ses arguments les plus spectaculaires. Le film dure près de deux heures, mais donne souvent l’impression d’avancer par blocs de tension qui s’emboîtent comme des niveaux successifs. Cette structure pourrait devenir mécanique si elle n’était pas habitée par une constante variation d’espaces, de gestes et de contraintes. Tanigaki ne répète pas simplement des combats : il les reconfigure.

La première grande confrontation donne le ton avec une clarté redoutable. Un affrontement à un contre trois commence dans un marché désaffecté, glisse vers l’arrière d’un camion, introduit une barre de fer comme prolongement du corps, puis se poursuit dans les rues thaïlandaises. Chaque déplacement change la logique de la scène. La distance se réduit, la vitesse augmente, l’environnement devient plus instable. La bagarre ne s’allonge pas artificiellement : elle mute.

Cette intelligence du mouvement distingue The Furious de nombreux films d’action contemporains, parfois prisonniers d’un montage haché qui masque les limites des corps ou des cascades. Ici, le regard comprend l’espace. La caméra peut se rapprocher, accélérer, pivoter, mais elle ne trahit pas l’impact. Le spectateur voit les trajectoires, anticipe les collisions, ressent la fatigue des personnages. La lisibilité devient une forme de respect envers la chorégraphie.

Le film cultive aussi une brutalité très frontale. Les coups ne sont pas seulement spectaculaires ; ils semblent laisser des traces. Sans basculer dans la complaisance permanente, The Furious flirte parfois avec une violence gore, notamment lorsque les armes improvisées entrent en jeu. Une planche en bois devient bouclier, une moto surgit dans un espace fermé, des blocs de glace se transforment en masses absurdes et dangereuses. Cette logique d’utilisation totale du décor donne au film un plaisir presque enfantin, mais exécuté avec une précision d’orfèvre.

Une ambiance de traque où chaque décor devient une arène

L’ambiance générale de The Furious repose sur une idée simple : personne n’est vraiment en sécurité. Les lieux de passage deviennent des pièges. Un nightclub n’est pas seulement un espace de musique et de foule, mais un dispositif vertical, avec cage, étage VIP, coulisses et angles de chute. Avant même que la violence explose, la mise en scène prépare le regard. Le spectateur comprend que tout ce qui apparaît dans le cadre pourra être utilisé quelques minutes plus tard.

Cette manière de “charger” les décors rappelle la grande tradition hongkongaise, notamment l’époque où Jackie Chan transformait une échelle, une chaise ou une vitrine en partenaires de jeu. Mais The Furious remplace la malice burlesque par une sécheresse plus féroce. Le gag physique devient supplice. L’inventivité reste, mais elle s’accompagne d’une tension plus sombre, plus rugueuse.

Le choix de situer l’action en Thaïlande renforce cette impression de territoire mouvant. Rues saturées, entrepôts, clubs, arrière-salles et zones industrielles composent une géographie nerveuse, moins touristique que fonctionnelle. Le film ne cherche pas la carte postale. Il préfère les surfaces qui glissent, les murs contre lesquels on plaque un corps, les escaliers où l’équilibre menace à chaque instant.

Ce qui frappe surtout, c’est la sensation que Tanigaki pense ses séquences comme des morceaux de musique. Il y a des montées, des ruptures, des reprises, des silences brefs avant l’explosion suivante. Pour un cinéma aussi agressif, The Furious possède un sens du tempo remarquablement contrôlé. Le chaos y paraît spontané, mais il est manifestement sculpté.

Les scènes d’action de The Furious : chorégraphies martiales, cascades et folie physique

Le cœur battant de The Furious, ce sont ses scènes d’action. Elles ne se contentent pas d’être nombreuses ; elles cherchent constamment à justifier leur existence par une idée nouvelle. Le film aurait pu aligner les combats comme une compilation de performances. Il préfère construire de véritables mini-récits physiques, avec des enjeux internes, des changements de rythme et des retournements spatiaux.

Le passage du nightclub illustre parfaitement cette ambition. La caméra annonce d’abord la cage, les combattants, la hauteur du lieu, les circulations possibles. Puis le chaos se déploie avec une logique presque architecturale. Les adversaires ne surgissent pas au hasard. Ils viennent occuper des zones déjà identifiées, ce qui permet au spectateur de suivre la progression sans perdre le fil. Une telle précision est rare, surtout dans un registre où beaucoup confondent nervosité et confusion.

La diversité des styles martiaux apporte une texture supplémentaire. Judo, pencak-silat, karaté, kung-fu et jiu-jitsu s’entrelacent sans jamais donner l’impression d’une démonstration scolaire. Les techniques existent parce qu’elles répondent à une situation concrète. Un enchaînement au sol naît d’un espace trop étroit pour les coups de pied. Une projection devient nécessaire quand un adversaire bloque une sortie. Une arme de fortune apparaît parce que l’épuisement impose de modifier le rapport de force.

Cette cohérence rend les cascades particulièrement crédibles. Les corps tombent lourdement, rebondissent contre les surfaces, se relèvent avec une difficulté perceptible. Dans un cinéma d’action international souvent lissé par les effets numériques, The Furious rappelle la valeur du risque contrôlé. Les trucages existent, bien sûr, mais ils soutiennent la performance plutôt qu’ils ne la remplacent. Les impacts semblent ancrés dans la matière.

Mo Tse, Joe Taslim et Yayan Ruhian au service d’un spectacle corporel virtuose

Mo Tse impressionne particulièrement dans le rôle de Wang Wei. Le mutisme du personnage aurait pu devenir un gimmick, mais il renforce sa présence animale. Son visage fermé, sa gestuelle compacte, sa manière d’avancer comme s’il absorbait la douleur sans la commenter, tout cela donne au film une figure centrale immédiatement lisible. Dans les scènes de combat, il ne joue pas seulement la compétence ; il joue l’obstination.

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Joe Taslim, de son côté, apporte une énergie différente. Son Navin possède une nervosité plus urbaine, plus journalistique dans l’élan, comme un homme habitué à chercher la vérité mais pas forcément préparé à payer un tel prix physique. Sa crédibilité martiale reste évidente, mais le film l’utilise aussi comme point d’accès émotionnel à l’enquête. Même lorsque l’écriture reste minimale, son regard indique ce que les dialogues ne développent pas toujours.

La présence de Yayan Ruhian agit comme un signal pour les amateurs du genre. Son corps porte une mémoire du cinéma d’action indonésien moderne, et The Furious sait exploiter cette aura sans se contenter du clin d’œil. Le voir intervenir avec une intensité toujours aussi sèche rappelle à quel point certains acteurs martiaux possèdent une capacité rare : faire monter la tension avant même le premier coup.

Quant à Joey Iwanaga, il compose une menace plus sournoise. Son apparence presque trop sage, avec une allure de fils de bonne famille, crée un décalage efficace avec la violence qu’il peut libérer. Le film ne développe pas longuement ses antagonistes, mais il leur attribue suffisamment de signes visuels et corporels pour imprimer la mémoire. Dans The Furious, la caractérisation passe souvent par la façon de se tenir avant de frapper.

Plan moyen d'un homme au regard déterminé, brandissant un marteau dans une cage de combat sous une lumière bleue intense.

Réalisation et photographie de The Furious : un choc visuel entre hyperréalisme et stylisation

La force de The Furious ne tient pas seulement à la qualité des chorégraphies. Elle repose aussi sur une réalisation capable de leur donner une forme lisible, immersive et constamment stimulante. Kenji Tanigaki comprend que filmer un coup ne suffit pas. Il faut préparer sa trajectoire, aménager l’attente, choisir la distance juste, puis laisser l’impact exister à l’image.

La photographie accompagne cette philosophie avec une efficacité remarquable. Les environnements nocturnes ne sombrent pas dans l’illisibilité. Les néons, les reflets, les surfaces métalliques et les zones d’ombre dessinent des volumes qui guident l’œil. Dans les intérieurs, la lumière accentue souvent la sensation d’enfermement. Dans les espaces ouverts, elle crée au contraire une illusion de fuite, vite rattrapée par la violence.

Le film utilise la Thaïlande comme un espace de friction plutôt que comme un décor exotique. Les rues, les marchés, les clubs et les bâtiments industriels composent une cartographie de la clandestinité. Cette approche évite le folklore facile. Elle installe un monde où les personnages semblent toujours à deux pas d’un piège, d’une porte verrouillée ou d’un adversaire surgissant du hors-champ.

La caméra de Tanigaki possède une mobilité nerveuse, mais jamais gratuite. Elle peut accompagner un corps dans une course, pivoter pour révéler un assaillant, reculer pour laisser apparaître une menace secondaire. Le montage, lui, évite de découper l’action jusqu’à l’abstraction. Au contraire, certains enchaînements laissent respirer le plan, permettant d’admirer la coordination entre acteurs, cascadeurs et opérateurs.

Pourquoi The Furious paraît si immersif sans sacrifier la lisibilité

La grande réussite visuelle de The Furious est de donner l’impression d’être au cœur de la mêlée sans perdre l’organisation de l’espace. Beaucoup de films d’action modernes cherchent l’immersion par tremblements, focales serrées et coupes rapides. Tanigaki adopte une méthode plus exigeante : il rapproche la caméra quand l’émotion ou la douleur l’exige, mais il sait aussi l’éloigner pour laisser le corps performer.

Cette alternance produit un effet très physique. Le spectateur ne regarde pas seulement un personnage gagner un combat ; il comprend comment il survit. Quand Wang Wei utilise un amas d’adversaires comme une sorte de relief humain à gravir, la scène aurait pu verser dans l’absurde pur. Elle fonctionne parce que la mise en scène respecte chaque étape du mouvement. L’exagération devient crédible par la rigueur.

Les effets spéciaux, lorsqu’ils interviennent, semblent pensés pour amplifier la violence plutôt que pour fabriquer l’action à la place des interprètes. Les impacts, les projections, certaines blessures ou destructions s’intègrent dans une grammaire dominée par le réel. C’est là que The Furious se distingue : le film peut être excessif, parfois presque grotesque dans son acharnement, mais il conserve une base tactile.

Cette approche évoque les grandes heures du cinéma hongkongais, tout en dialoguant avec une esthétique plus contemporaine, nourrie par les jeux vidéo d’action comme Sifu ou les affrontements codifiés de Tekken. Le film ne copie pas ces références ; il les digère. Il en retient la progression par adversaires, la montée en difficulté, le plaisir du “combat de boss”, tout en conservant la chaleur imparfaite du tournage physique.

Bande sonore et tension dans The Furious : la musique comme carburant de la violence

Dans un film aussi dominé par le mouvement, la bande sonore joue un rôle décisif. The Furious n’utilise pas la musique comme un simple tapis d’énergie destiné à souligner les coups. Elle fonctionne plutôt comme une pression supplémentaire, une couche de tension qui accompagne l’accélération du récit. Les percussions, les nappes sombres et les pulsations électroniques renforcent l’idée d’une course sans retour.

Le travail sonore se distingue aussi dans les silences. Avant certaines confrontations, le film laisse entendre les frottements, les souffles, les pas, les objets déplacés. Ces détails préparent le choc. Un combat martial n’est pas seulement visuel ; il est rythmique. Le bruit d’une barre métallique qui racle le sol peut annoncer plus efficacement la menace qu’un long dialogue explicatif.

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Dans le nightclub, la musique diégétique devient un piège sensoriel. Les basses enveloppent les corps, brouillent les repères, transforment la cage et les étages en caisse de résonance. Le spectateur ne perçoit plus seulement la scène comme un affrontement, mais comme une suffocation collective. Cette utilisation du son rappelle que le cinéma d’action n’est jamais aussi puissant que lorsqu’il sollicite plusieurs sensations à la fois.

Le mixage valorise également les impacts sans les rendre uniformes. Un coup porté à mains nues ne sonne pas comme une collision contre un mur ou une chute sur du métal. Cette variété évite la monotonie, même lorsque la violence devient continue. Chaque matière possède sa signature, chaque arme improvisée son timbre. Le film comprend que l’oreille participe à la crédibilité des cascades.

Une atmosphère sonore qui donne du poids aux enjeux émotionnels

Malgré son récit volontairement direct, The Furious ne se limite pas à un catalogue d’empoignades. La disparition de Rainy et celle de la compagne de Navin donnent aux personnages une motivation limpide. Le film ne s’attarde pas longuement sur la douleur intime, mais il l’installe comme un moteur constant. La musique intervient alors pour rappeler ce qui se joue derrière le fracas des corps : une lutte contre l’effacement des victimes.

Le thème du trafic humain apporte une noirceur qui empêche le spectacle de devenir totalement abstrait. Certes, le traitement reste schématique, et ceux qui attendent une enquête fouillée ou une exploration sociale détaillée resteront sur leur faim. Pourtant, la présence de cet enjeu donne une direction morale au chaos. Les héros ne cherchent pas seulement à battre des adversaires plus forts ; ils tentent de briser un système qui réduit les êtres à des marchandises.

La bande sonore accompagne cette tension morale par des motifs plus graves, moins triomphants. Le film évite souvent la fanfare héroïque. Il préfère une énergie inquiète, presque rageuse, qui colle à l’épuisement des protagonistes. Cette retenue relative permet aux moments de pur déferlement de paraître encore plus intenses.

Ce rapport entre son, émotion et action révèle l’une des qualités les plus intéressantes du film. The Furious sait que l’adrénaline seule peut impressionner, mais qu’elle marque davantage lorsqu’elle est traversée par une inquiétude humaine. Même esquissée, cette dimension suffit à donner un nerf dramatique aux affrontements.

Scène de combat acrobatique dans une boîte de nuit aux lumières violettes et dorées, où un homme en projette un autre au-dessus d'une table parsemée de billets de banque.

The Furious face au cinéma d’action asiatique récent : une nouvelle référence à voir en salle

Ce qui distingue The Furious des productions similaires tient à son ambition de synthèse. Le film ne se contente pas de prolonger la brutalité indonésienne popularisée par The Raid, ni de citer la virtuosité hongkongaise à la Donnie Yen ou Jet Li. Il tente de réunir plusieurs écoles dans un même flux, avec une conscience aiguë de leurs forces respectives. Cette démarche pourrait donner un objet impersonnel, un simple best-of martial. Elle produit au contraire une œuvre étonnamment cohérente.

La cohérence vient de la personnalité de Tanigaki. Sa mise en scène ne cherche pas à hiérarchiser les influences. Elle les organise autour d’une règle : exploiter chaque idée jusqu’au bout. Une cage doit servir. Un étage doit servir. Une moto, une planche, des blocs de glace, un vélo, jusqu’aux pédales et aux chaînes, tout doit entrer dans la danse violente. Cette logique d’épuisement créatif donne au film une saveur rare.

Le climax, sans en révéler les détails décisifs, cristallise cette approche. Plusieurs combattants aux styles très différents s’y affrontent dans une succession de configurations changeantes : duels, déséquilibres numériques, alliances temporaires, ruptures de rythme. Les coupes se raréfient par moments, comme pour mieux laisser admirer la scénographie en action. Le spectateur ne regarde plus seulement qui gagne ; il observe comment la scène redistribue sans cesse ses forces.

La réception du film, déjà portée par un enthousiasme palpable chez les amateurs de cinéma martial, semble confirmer son statut d’événement de genre. Les discussions reviennent souvent sur la générosité des set-pieces, la brutalité des affrontements et la sensation de voir une équipe cascades au sommet de son art. Quelques réserves émergent logiquement autour de l’écriture, jugée mince, et d’une émotion parfois sacrifiée sur l’autel de l’efficacité. Mais l’énergie générale emporte largement l’adhésion.

Faut-il voir The Furious au cinéma ? Une recommandation pour amateurs de sensations fortes

The Furious mérite clairement l’expérience de la salle. Son impact dépend beaucoup de la taille de l’image, de la puissance sonore et de cette réaction collective qui traverse parfois une séance quand un combat dépasse ce que le public pensait possible. Certains films se regardent confortablement chez soi ; celui-ci semble conçu pour provoquer des sursauts, des rires nerveux et des silences stupéfaits dans le noir.

La recommandation s’adresse d’abord aux passionnés de cinéma d’action asiatique, à ceux qui gardent en mémoire les grandes heures de Hong-Kong, les coups de boutoir indonésiens ou la rigueur japonaise des chorégraphies au sabre et à mains nues. Ils trouveront ici une œuvre généreuse, parfois excessive, mais jamais cynique. The Furious aime profondément son genre, et cet amour se voit dans chaque plan de combat.

Les spectateurs en quête d’un drame complexe, d’antagonistes longuement développés ou d’une intrigue pleine de détours devront ajuster leurs attentes. Le film avance droit devant lui, avec une narration fonctionnelle et des personnages définis par l’urgence. Cette limite existe, mais elle n’annule pas la réussite. Elle précise simplement le contrat : The Furious privilégie la grammaire du corps, la précision de l’impact et l’invention permanente des situations.

Dans le paysage récent, où beaucoup d’actioners promettent l’intensité sans toujours tenir la distance, celui-ci frappe par sa sincérité spectaculaire. Il donne le sentiment d’une équipe qui a voulu pousser chaque scène plus loin que prévu, comme si la question posée sur le plateau était toujours la même : comment rendre ce moment inoubliable ? À ce jeu-là, The Furious ne gagne pas seulement aux points. Il laisse une trace, celle d’un film imparfait mais électrisant, appelé à circuler longtemps dans les conversations des amateurs de cinéma martial.

Léa Duval
Léa Duval
Depuis l’adolescence, Léa écume les salles obscures, carnet en main. Après un master en journalisme culturel, elle a travaillé pour plusieurs magazines spécialisés. Son regard aiguisé et sa sensibilité artistique lui permettent d’analyser les tendances du cinéma français et international.

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