Rhythm Paradise Groove arrive sur Nintendo Switch avec cette drôle d’assurance propre aux séries qui n’ont jamais eu besoin de hurler pour se faire entendre. Depuis ses débuts sous le nom Rhythm Tengoku, la licence de Nintendo cultive un art rare : transformer des gestes minuscules en grands moments de concentration, de rire et parfois de panique douce. Ici, pas de partition illisible, pas de périphérique encombrant, pas de promesse spectaculaire vendue à coups de néons agressifs. Le jeu préfère une autre voie : celle du timing pur, du réflexe musical, de la petite scène absurde qui devient soudain une obsession.
Disponible sur Nintendo Switch le 2 juillet 2026, cet épisode assume son héritage tout en profitant d’une machine idéale pour les sessions courtes, les trajets, les soirées improvisées ou les défis relancés “juste une dernière fois”. Testé sur Switch à partir d’une version fournie par l’éditeur, Rhythm Paradise Groove ne cherche pas à révolutionner le jeu de rythme. Il affine, polit, bouscule parfois, puis sert un cocktail pétillant où l’humour visuel, la précision sonore et la bonne humeur permanente composent un objet très Nintendo dans l’âme : simple en façade, nettement plus exigeant une fois les doigts posés sur les boutons.
Test de Rhythm Paradise Groove sur Switch : le retour d’une saga Nintendo au tempo très singulier
La série Rhythm Paradise a toujours occupé une place à part dans le catalogue Nintendo. Moins monumentale que Mario, moins fédératrice que Mario Kart, moins collectionnée que Pokémon, elle a pourtant construit une fidélité presque affective chez les joueurs sensibles à son étrangeté. Selon les territoires, elle s’est appelée Rhythm Tengoku ou Rhythm Heaven, mais son idée centrale n’a jamais vraiment changé : proposer une succession de mini-jeux musicaux où l’écoute prime souvent sur le regard.
Ce nouvel épisode donne la sensation de retrouver une vieille émission culte qui n’aurait pas pris une ride. Rhythm Paradise Groove conserve cette grammaire si particulière : des situations courtes, des personnages absurdes, une logique de dessin animé et une obsession du rythme juste. Là où d’autres jeux musicaux valorisent la performance visible, la chorégraphie ou le score spectaculaire, celui-ci s’intéresse au moment précis où le cerveau cesse de réfléchir et commence à suivre la pulsation.
Une formule limpide, mais pas simpliste
Le principe reste d’une clarté redoutable. Le joueur enchaîne des épreuves de quelques dizaines de secondes à un peu plus d’une minute, chacune construite autour d’un motif musical. Il peut s’agir d’écraser des canettes avec une masse disproportionnée, de suivre une publicité automobile improbable, de réagir à des insectes dans une brousse stylisée ou de comprendre le comportement erratique d’une application mobile partie en vrille. Le gag visuel attire l’œil, mais le véritable moteur reste l’oreille.
La grande intelligence de la série tient dans sa capacité à faire comprendre une règle sans discours pesant. Une démonstration, un signal sonore, un petit entraînement, puis l’épreuve démarre. En quelques secondes, le joueur saisit ce qui est attendu. En quelques tentatives, il comprend que réussir “à peu près” ne suffit pas toujours. Le timing demandé est fin, parfois même plus strict que dans certains jeux de rythme modernes, souvent permissifs selon les réglages.
Cette exigence surprend, surtout parce qu’elle se cache derrière une façade joyeuse. Les premiers niveaux peuvent déjà sanctionner un appui trop nerveux ou trop tardif. Pourtant, cette rigueur donne tout son sel au jeu. Le plaisir naît précisément de cette tension : une commande facile, un objectif immédiat, mais une précision à conquérir. C’est le genre d’expérience capable de transformer un bouton pressé au bon moment en micro-victoire presque euphorique.
Rhythm Paradise Groove ne renverse pas la table, il règle le métronome
Sur Switch, Rhythm Paradise Groove ne donne pas l’impression d’un épisode obsédé par la nouveauté à tout prix. Il préfère enrichir un langage déjà solide. Le retour se joue dans la densité du contenu, la fluidité de l’enchaînement, la variété des situations et quelques modes annexes qui viennent aérer la progression principale. Le jeu ne cherche pas à devenir un party-game tentaculaire ou une simulation musicale avancée. Il reste fidèle à sa nature : un laboratoire de réflexes comiques.
Ce choix pourra frustrer les joueurs qui attendaient une transformation majeure de la licence après une longue absence. Pourtant, il faut reconnaître une chose : peu de séries savent conserver une identité aussi nette. À une époque où de nombreux jeux ajoutent systèmes sur systèmes pour justifier leur retour, Rhythm Paradise Groove préfère viser l’évidence. Sa force n’est pas d’être plus gros que tout le monde, mais d’être immédiatement reconnaissable.
La Switch lui va particulièrement bien. En mode portable, le format court des épreuves épouse parfaitement les pauses rapides. En mode docké, le jeu gagne en confort visuel et devient facilement partageable dans un salon. L’expérience ne repose pas sur une démonstration technique musclée, mais sur une disponibilité permanente : lancer une épreuve, rater un tempo, recommencer aussitôt, puis sentir le corps trouver enfin la bonne cadence.
Ce retour fonctionne parce qu’il comprend son propre héritage. Rhythm Paradise Groove ne court pas après les standards dominants du jeu musical ; il rappelle plutôt qu’un concept très simple peut encore produire une fraîcheur rare lorsqu’il est exécuté avec suffisamment de personnalité.

Gameplay de Rhythm Paradise Groove : mini-jeux, précision et plaisir immédiat sur Nintendo Switch
Le cœur de Rhythm Paradise Groove repose sur environ quatre-vingts mini-jeux, même si tous ne sont pas entièrement inédits. Certaines épreuves reviennent sous une forme plus corsée, avec des variations de tempo, des pièges visuels ou des combinaisons plus serrées. Ce n’est pas un défaut en soi : dans un jeu de rythme, la reprise d’un motif est souvent un outil d’apprentissage. Le joueur reconnaît une logique, croit la maîtriser, puis découvre que la moindre altération peut faire dérailler ses automatismes.
Les commandes restent volontairement limitées. Un, deux ou trois boutons suffisent à couvrir l’essentiel des interactions. Cette sobriété est cruciale, car elle déplace la difficulté ailleurs. Le défi ne vient pas de la complexité manuelle, mais de l’écoute, de la concentration et de l’anticipation. Une pression trop tôt peut casser la phrase musicale. Une hésitation d’une fraction de seconde suffit à transformer une séquence fluide en raté comique.
Des épreuves courtes qui accrochent comme des refrains
Chaque mini-jeu ressemble à un refrain ludique. Le motif se présente, s’installe, évolue, puis laisse place au suivant. Cette durée ramassée évite l’usure immédiate et favorise la répétition. Rater n’est jamais dramatique, car la relance arrive vite. Réussir donne envie de viser mieux, surtout lorsque le jeu laisse entendre qu’une exécution presque parfaite est encore possible.
La diversité des situations joue un rôle majeur dans l’efficacité globale. Une scène peut demander une réaction mécanique très simple, tandis qu’une autre impose d’ignorer volontairement l’image pour se fier aux sons. C’est là que Rhythm Paradise Groove se distingue des productions musicales plus classiques. L’écran peut mentir, distraire, surcharger ou plaisanter ; l’oreille, elle, devient le véritable guide.
Les épisodes “remix” constituent l’une des meilleures idées de structure. À la fin d’une série d’épreuves, le jeu combine plusieurs mécaniques dans une même piste spéciale. Le joueur passe alors d’un geste à l’autre, d’un rythme à un autre, parfois avec des transitions délicieusement traîtresses. Ces séquences testent la mémoire, mais surtout la capacité à rester dans le flux. Quand tout s’aligne, l’effet est grisant : les mains réagissent presque seules, le cerveau anticipe les appels sonores et l’écran devient une scène de concert miniature.
Une réponse aux commandes solide, mais une notation parfois trop opaque
La sensation de jeu dépend énormément de la latence et de la précision des entrées. Sur ce point, Rhythm Paradise Groove s’en sort avec sérieux. Les commandes répondent avec netteté, et la Switch ne donne pas l’impression de lutter contre le concept. L’usage des boutons convient mieux que des gestes trop démonstratifs, car il garantit une constance précieuse. Dans un jeu aussi attaché au dixième de seconde, cette stabilité n’est pas un détail.
Le plaisir peut toutefois se heurter à un système de notation un peu frustrant. Les grades valorisent la performance, et le rang le plus élevé permet d’obtenir des médailles destinées à débloquer des bonus. Le problème vient du manque de transparence. Une prestation ressentie comme propre ne reçoit pas toujours la récompense attendue, tandis qu’un passage moins convaincant peut parfois passer. Sans retour détaillé sur les erreurs, le joueur doit deviner où le tempo a flanché.
Cette opacité n’empêche pas la progression, mais elle affaiblit légèrement l’envie de perfection. Un jeu d’adresse gagne souvent à montrer clairement la faute : trop tôt, trop tard, imprécis sur telle mesure. Ici, l’analyse reste volontairement légère, probablement pour préserver la fluidité et éviter un aspect scolaire. Mais lorsque l’exigence grimpe, un peu plus de clarté aurait rendu la chasse aux médailles moins nébuleuse.
Malgré cette réserve, le gameplay conserve une énergie rare. Rhythm Paradise Groove maîtrise l’art de rendre chaque interaction minuscule étrangement importante. Un bouton, un son, une animation absurde : il n’en faut pas davantage pour fabriquer une boucle ludique qui colle aux doigts et à la tête.
Ambiance et bande-son de Rhythm Paradise Groove : un shot de bonne humeur calibré au millimètre
Le titre promet un shot de bonne humeur, et c’est précisément là que Rhythm Paradise Groove touche juste. L’énergie du jeu ne vient pas seulement de ses musiques ou de ses couleurs. Elle naît d’un ensemble : une situation absurde, une animation expressive, une voix qui surgit au bon moment, un bruitage qui devient repère, puis un échec transformé en gag plutôt qu’en punition. Le jeu sait se moquer du joueur sans jamais l’humilier.
Cette bienveillance est essentielle. Dans un titre où le timing peut être strict, l’habillage aurait pu rendre l’expérience crispante. Au contraire, les mini-jeux conservent une légèreté constante. Un culturiste qui fait rebondir des fruits sur ses pectoraux, un objet qui arrive à contretemps, une scène qui accélère brutalement : chaque idée semble conçue pour déclencher un sourire avant même de viser le score parfait.
Une bande-son éclectique qui donne envie de recommencer
La musique couvre un spectre large, allant de la pop au rock, du funk à des sonorités plus électroniques ou plus théâtrales. Cette variété évite la monotonie et permet à chaque épreuve d’avoir une identité claire. Un bon mini-jeu de rythme ne se contente pas d’avoir une mélodie agréable ; il doit intégrer ses commandes dans la structure musicale. Rhythm Paradise Groove le comprend parfaitement.
Les meilleurs moments sont ceux où le geste semble faire partie de l’arrangement. Le bouton pressé n’est plus une simple validation, mais une percussion, une ponctuation, une réponse à une phrase sonore. Le joueur devient un instrument discret dans un orchestre délirant. Cette fusion entre action et musique explique pourquoi certaines séquences restent en tête longtemps après la console éteinte.
Nintendo a visiblement soigné le volet musical avec une ambition supérieure à ce que le statut relativement discret de la licence pourrait laisser croire. La présence d’artistes externes et de morceaux plus événementiels donne du relief à l’ensemble, sans transformer le jeu en vitrine promotionnelle. Le résultat garde une cohérence forte : chaque piste sert d’abord le gameplay, puis l’ambiance.
Le flow, cette zone magique où le jeu disparaît
L’un des grands plaisirs de Rhythm Paradise Groove réside dans l’état de concentration qu’il provoque. Quand une épreuve est comprise, quand les sons deviennent familiers et que les doigts cessent d’hésiter, le joueur entre dans une sorte de tunnel musical. L’écran continue de s’agiter, mais la réussite vient surtout de l’écoute. C’est le fameux état de flow, recherché dans beaucoup de jeux d’arcade, de plateforme ou de scoring.
Cette sensation n’est pas automatique. Elle demande quelques ratés, parfois beaucoup. Certains niveaux paraissent d’abord injustes parce que leur logique sonore n’est pas encore assimilée. Puis une bascule se produit. Le motif devient lisible, l’anticipation prend le dessus, et la séquence qui semblait chaotique se transforme en danse parfaitement balisée.
Le jeu excelle aussi dans l’art de perturber ce flow sans le briser totalement. Des obstacles peuvent recouvrir l’écran, des transitions peuvent surprendre, des changements de tempo peuvent provoquer une panique instantanée. Pourtant, ces pièges restent rarement gratuits. Ils rappellent une règle fondamentale de la série : regarder aide, écouter sauve.
C’est cette philosophie qui rend l’expérience si positive. Même l’échec a du rythme. Même l’erreur peut faire rire. Même un passage répété dix fois conserve une forme de charme grâce au soin apporté à l’habillage sonore. Rhythm Paradise Groove ne vend pas seulement des mini-jeux ; il propose une humeur, une respiration, un antidote efficace aux expériences trop lourdes ou trop bavardes.
Graphismes, animations et direction artistique : Rhythm Paradise Groove trouve son éclat sur Switch
Visuellement, Rhythm Paradise Groove ne cherche pas la performance brute. Aucune texture photoréaliste, aucun décor saturé d’effets techniques, aucune mise en scène destinée à faire transpirer la Switch. Le jeu préfère une direction artistique claire, expressive et immédiatement lisible. Dans un titre où chaque information visuelle peut influencer le timing, cette lisibilité vaut mieux qu’un déluge graphique.
Le style repose sur des formes simples, des couleurs franches et des animations très caractérisées. Les personnages n’ont pas besoin d’un réalisme complexe pour exister. Une posture, un regard, une accélération soudaine ou une réaction exagérée suffisent à raconter une blague. Cette économie de moyens s’inscrit dans la tradition Nintendo : viser l’icône plutôt que le détail superflu.
Des animations pensées pour le rythme, pas pour la démonstration
La qualité des animations tient à leur synchronisation. Dans Rhythm Paradise Groove, un mouvement n’est jamais seulement décoratif. Il prépare souvent un appui, accompagne une mesure ou souligne une erreur. La direction artistique sert donc le gameplay. Un personnage qui se penche, un objet qui rebondit, une bouche qui s’ouvre ou une machine qui s’emballe deviennent autant d’indices subtils.
Cette approche rend le jeu agréable à regarder, même pour une personne qui ne tient pas la manette. Les scènes possèdent une énergie de cartoon musical, avec une absurdité qui évoque parfois les jingles japonais, les sketches animés très courts ou certaines capsules expérimentales de la télévision des années 2000. Le charme vient de cette capacité à faire exister un univers complet en moins d’une minute.
Les couleurs participent à cette efficacité. Elles sont vives sans être illisibles, chaleureuses sans noyer les repères. En mode portable, l’image reste propre et percutante. En mode téléviseur, les aplats et les contrastes gagnent en présence, notamment lors des remix où plusieurs mécaniques s’enchaînent. La Switch n’est pas poussée dans ses retranchements, mais elle sert parfaitement le format.

Une esthétique feel-good qui cache parfois une vraie férocité
Le piège serait de croire que cette présentation joyeuse rend le jeu facile. C’est même l’un des contrastes les plus savoureux de Rhythm Paradise Groove. L’écran affiche un monde rond, coloré, presque enfantin, tandis que les timings exigent parfois une précision chirurgicale. Cette contradiction crée une tension amusante : le joueur sourit, puis serre les dents deux secondes plus tard.
Certains passages utilisent volontairement l’image comme distraction. Une animation spectaculaire, un gag au premier plan ou un changement soudain d’échelle peut détourner l’attention du signal sonore. Le jeu teste alors la discipline du regard. Faut-il suivre l’action, ou fermer presque mentalement les yeux pour écouter le tempo ? Cette question traverse les meilleures épreuves.
La direction artistique a aussi le mérite de renforcer l’accessibilité immédiate. Un enfant peut comprendre l’objectif général en observant la scène. Un joueur expérimenté y verra une couche de lecture supplémentaire, notamment dans la façon dont les animations préparent les pièges. L’esthétique fonctionne donc sur deux niveaux : séduire rapidement, puis accompagner la maîtrise.
Quelques limites existent malgré tout. Techniquement, Rhythm Paradise Groove n’impressionne jamais vraiment. Certains arrière-plans restent modestes, quelques transitions auraient pu être plus ambitieuses, et l’ensemble donne parfois le sentiment d’un jeu très propre plutôt que d’une production éblouissante. Mais ce manque de spectaculaire n’abîme pas l’expérience, car la cohérence prime. Le style n’est pas là pour écraser le joueur ; il est là pour lui donner envie d’entrer dans la mesure suivante.
Accessibilité et difficulté de Rhythm Paradise Groove : simple à comprendre, coriace à maîtriser
Rhythm Paradise Groove possède l’une des qualités les plus précieuses pour un jeu grand public : il s’explique presque tout seul. Les commandes réduites, les tutoriels rapides et les situations visuelles évidentes permettent à des profils très différents de s’y essayer. Un enfant, un joueur occasionnel, un amateur de jeux musicaux ou un vétéran du scoring peuvent tous comprendre ce qu’il faut faire en quelques instants.
Mais comprendre n’est pas dominer. Le jeu installe très vite une différence nette entre l’accès et la maîtrise. Cette distinction est importante, car elle évite deux écueils fréquents : l’expérience trop facile qui s’épuise en une soirée, ou le jeu expert qui décourage avant même d’avoir amusé. Ici, la porte est grande ouverte, mais l’escalier derrière grimpe par endroits avec une raideur inattendue.
Une pédagogie du rythme efficace, parfois un peu sèche
La pédagogie repose d’abord sur l’écoute. Le jeu montre, fait répéter, puis lance l’épreuve. Les signaux sonores sont généralement nets, avec des appels vocaux ou musicaux qui indiquent quand agir. Cette méthode fonctionne parce qu’elle ne surcharge pas le joueur d’explications. Elle l’invite à ressentir le rythme plutôt qu’à lire une règle.
Pour les débutants, cette approche peut être libératrice. Nul besoin de connaître le solfège ou d’avoir une oreille musicale avancée. Le corps apprend progressivement. Une séquence ratée devient une occasion de repérer un décalage. Une réussite imparfaite donne déjà une sensation de progression. Rhythm Paradise Groove enseigne le tempo par la répétition joyeuse, pas par la théorie.
La difficulté peut toutefois se montrer inégale. Certaines colonnes d’épreuves alternent entre mini-jeux très abordables et passages franchement rusés. Cette progression en zigzag peut surprendre, voire frustrer. Le joueur peut traverser trois défis avec aisance, puis tomber sur une séquence qui demande soudain une précision beaucoup plus stricte. Ce n’est pas rédhibitoire, mais la courbe aurait gagné à être mieux lissée.
Beatspell, le mode RPG qui charme avant de cogner fort
Le mode Beatspell illustre parfaitement cette ambivalence. Cette activité parallèle transforme le rythme en affrontement RPG. Le joueur contrôle un petit personnage capable de lancer des sorts ou d’esquiver en suivant des formules rythmiques. Un pense-bête à l’écran rappelle les motifs nécessaires, tandis que les combats introduisent progressivement des sorts alternatifs, des coffres et une légère couche stratégique.
L’idée fonctionne très bien sur le papier. Elle donne un contexte différent aux réflexes musicaux et offre une respiration entre les épreuves principales. Battre un monstre, améliorer un sort, choisir le bon moment pour attaquer : ces gestes ajoutent une petite narration mécanique sans trahir l’esprit de la série. Beatspell donne même envie d’imaginer un spin-off plus ample, construit entièrement autour de cette fusion entre rythme et aventure.
Le souci vient de certains pics de difficulté tardifs. Après une progression relativement confortable, des boss peuvent imposer une précision quasi parfaite sous peine de sanction violente. Un ennemi capable de vider la barre de vie sur une seule erreur casse un peu l’élan, surtout lorsque le joueur doit déjà réfléchir au sort approprié, au tempo et à l’esquive. Le boss final, particulièrement résistant, étire cette tension jusqu’à une forme de lourdeur.
Cette exigence ne détruit pas le mode, mais elle révèle une limite de conception. Quand un jeu demande déjà une attention rythmique intense, ajouter des sacs à points de vie ou des punitions massives n’est pas toujours la meilleure manière de créer du défi. Rhythm Paradise Groove reste plus convaincant lorsqu’il teste la finesse que lorsqu’il allonge artificiellement la résistance.
Malgré cela, l’accessibilité générale demeure solide. Le jeu convient à un large public, à condition d’accepter que son sourire cache parfois des griffes. Il accueille avec simplicité, puis sélectionne les plus patients par la précision.

Durée de vie, rejouabilité et verdict critique de Rhythm Paradise Groove sur Nintendo Switch
La durée de vie de Rhythm Paradise Groove dépend fortement de la manière de jouer. Parcourir les mini-jeux principaux permet déjà de profiter d’un contenu généreux, surtout avec environ quatre-vingts épreuves et variantes. Mais le vrai potentiel se révèle dans la recherche des meilleurs grades, l’obtention des médailles, les bonus à débloquer et l’envie très naturelle de refaire une séquence pour la rendre enfin propre.
Le format court favorise une rejouabilité organique. Une épreuve ratée ne décourage pas longtemps, car la relance est immédiate. Une épreuve réussie appelle souvent une revanche contre soi-même. Le joueur ne revient pas seulement pour voir du contenu inédit ; il revient pour sentir une amélioration. Dans un bon jeu de rythme, cette progression invisible compte autant qu’un nouvel environnement ou un nouveau mode.
Solo, multijoueur et petits défis : une formule qui respire bien sur Switch
En solo, Rhythm Paradise Groove fonctionne comme un compagnon de poche idéal. Quelques minutes suffisent pour lancer une série d’épreuves, débloquer une médaille ou s’acharner sur un remix. Le jeu s’adapte bien aux sessions courtes, ce qui correspond parfaitement à l’usage hybride de la Switch. Dans un trajet, sur un canapé, entre deux jeux plus massifs, il trouve facilement sa place.
Les activités multijoueurs ajoutent une dimension conviviale sans compliquer inutilement les règles. Le plaisir vient de la simplicité immédiate : comprendre le geste, observer les autres se tromper, tenter de voler une victoire au dixième de seconde. Une épreuve autour d’une part de gâteau à récupérer avant ses adversaires résume très bien cette philosophie. Tout le monde saisit l’enjeu, puis la précision transforme la scène en chaos hilarant.
Ces modes ne remplacent pas le cœur solo, mais ils prolongent l’ambiance. Ils conviennent particulièrement à des soirées où le jeu doit être expliqué vite et produire des réactions immédiates. Rhythm Paradise Groove ne devient pas un party-game aussi vaste qu’un Mario Party, et ce n’est pas son ambition. Il préfère proposer des parenthèses nerveuses, faciles à lancer, souvent drôles à regarder.
Points forts, limites et place de Rhythm Paradise Groove dans le catalogue Switch
Les qualités les plus évidentes tiennent à la précision du gameplay, à l’originalité intacte de la licence, à la variété des mini-jeux et à l’ambiance sonore particulièrement soignée. Le tarif annoncé de 39,99 € renforce aussi l’attrait du jeu, car le contenu paraît suffisamment dense pour justifier l’investissement, surtout pour les amateurs de scoring et de défis courts.
Le jeu brille également par son identité. Dans un paysage saturé de mondes ouverts, de services en ligne interminables et de productions qui confondent parfois quantité et intensité, Rhythm Paradise Groove rappelle la force d’un concept concentré. Il ne demande pas cinquante heures d’engagement mental. Il demande une oreille attentive, un peu d’humilité et l’envie de sourire face à l’absurde.
Les réserves méritent pourtant d’être entendues. La répétitivité peut toucher les joueurs peu sensibles à l’amélioration du score. Certains mini-jeux recyclés sous forme plus difficile donnent parfois une impression de remplissage, même si leur rôle dans l’apprentissage reste défendable. La notation manque de précision, la difficulté connaît des pics mal calibrés et le mode Beatspell, malgré son charme, aurait gagné à être mieux équilibré dans sa dernière partie.
Techniquement, le jeu reste modeste. Il est propre, lisible, fluide, mais rarement impressionnant. Cette sobriété correspond à l’ADN de la série, tout en laissant imaginer ce qu’un habillage encore plus ambitieux aurait pu apporter. Le résultat n’en demeure pas moins cohérent : Nintendo mise ici sur le rythme, l’idée et la personnalité plutôt que sur la démonstration matérielle.
Rhythm Paradise Groove n’est pas un monument intimidant, ni une révolution du genre musical. C’est une bouffée d’air rythmée, précise, drôle et parfois étonnamment féroce. Pour les joueurs qui cherchent une expérience accessible mais pas molle, lumineuse mais pas creuse, courte en apparence mais durable dans l’obsession du meilleur tempo, la Switch tient là l’un de ses plaisirs les plus contagieux de l’été.

