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Critique de Supergirl : Milly Alcock rayonne dans un deuxième film DCU malheureusement trop moyen

Supergirl arrive comme le deuxième grand jalon du nouveau DCU impulsé par James Gunn et Peter Safran après Superman. Le film avait une mission délicate : confirmer l’élan optimiste du nouvel univers, donner une identité propre à Kara Zor-El et prouver que DC peut faire exister ses héros sans les enfermer dans la comparaison permanente avec leurs cousins plus célèbres. Sur le papier, l’idée est séduisante : une héroïne abîmée, un voyage cosmique, Krypto en moteur émotionnel et une promesse de récit plus rude, moins solaire que celui de Kal-El.

Le résultat, lui, laisse une impression plus contrastée. Milly Alcock rayonne dans le rôle-titre avec une intensité rare, capable de faire passer la lassitude, la colère et la tendresse dans un même regard. Mais autour d’elle, le film peine à transformer son potentiel en vraie aventure mémorable. À l’image d’un blockbuster pop-corn qui aurait trouvé son cœur avant de trouver son rythme, cette nouvelle proposition DC avance par éclats, entre fulgurances de personnage et intrigue trop balisée.

Critique Supergirl DCU : Milly Alcock impose une Kara Zor-El brute et magnétique

Le grand mérite de Supergirl tient d’abord à son actrice principale. Révélée au grand public par son charisme tranchant dans House of the Dragon, Milly Alcock apporte à Kara Zor-El une présence qui ne cherche jamais à copier l’aura plus classique de Superman. Là où Kal-El incarnait, dans le film de 2025, une lumière presque réparatrice, Kara apparaît comme une survivante qui a appris à se protéger derrière l’ironie, l’alcool, l’épuisement et une forme d’agressivité sèche.

Cette caractérisation fonctionne parce que l’écriture du personnage comprend une chose essentielle : Kara n’est pas seulement “la cousine de Superman”. Elle porte une histoire d’exil, de perte et de solitude que le film explore par touches, notamment à travers des flashbacks et quelques dialogues plus sensibles que le reste du scénario. La relation avec Krypto, sans être surexpliquée, devient alors un point d’ancrage affectif. Le chien n’est pas qu’une mascotte destinée à vendre des peluches : il représente ce qu’il reste de stabilité à une héroïne qui traverse l’univers comme si elle n’avait plus vraiment de foyer.

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Le jeu de Milly Alcock donne du relief à cette trajectoire. Sa Supergirl se bat comme quelqu’un qui encaisse avant de réfléchir, avec une brutalité presque désordonnée. Ses silences ont parfois plus de poids que ses répliques, surtout lorsque le film laisse voir, derrière son attitude détachée, une kryptonienne incapable de demander de l’aide. C’est là que l’actrice surpasse le matériau : elle rend lisible un conflit intérieur que la mise en scène ne sait pas toujours accompagner.

Une héroïne moins punk que blessée, et c’est là que le film touche juste

La promotion a beaucoup insisté sur l’aspect punk de cette Kara, mais le terme “émo” décrit sans doute mieux son énergie. Le film ne raconte pas une rebelle stylisée pour poster mural, mais une jeune femme d’une vingtaine d’années qui masque son chagrin sous des gestes de défi. Cette nuance évite au personnage de devenir une simple variation “badass” de Supergirl. Elle lui donne une fragilité crédible, proche de ces figures de cinéma qui avancent parce qu’elles n’ont pas encore trouvé comment s’arrêter.

Dans une salle, le spectateur venu chercher uniquement des combats cosmiques pourrait être surpris par cette tonalité plus intime. Pourtant, c’est précisément cette zone qui donne au film ses meilleures scènes. Comme dans certaines critiques récentes de cinéma d’auteur, à l’image de l’analyse d’Ulysse avec Élodie Bouchez, l’intérêt naît ici du frottement entre le spectaculaire et le portrait d’un être cabossé. Supergirl devient vraiment intéressante lorsqu’elle cesse de vouloir impressionner pour simplement exister.

La performance de Milly Alcock constitue donc le socle émotionnel du long métrage. Sans elle, cette aventure cosmique aurait sans doute beaucoup moins de prise sur le public.

Gros plan moyen de Supergirl (Kara Zor-El) à l'intérieur d'un couloir de vaisseau spatial futuriste et industriel. Elle a les cheveux blonds longs et ébouriffés, et porte son costume bleu texturé arborant le célèbre blason "S" rouge et jaune sur la poitrine, ainsi qu'une ceinture dorée. L'arrière-plan est baigné d'une lumière dorée et chaleureuse provenant des plafonniers, et la silhouette sombre d'un autre personnage est visible de dos derrière elle.

Supergirl avec Milly Alcock : un spectacle spatial séduisant mais trop formaté

Le film possède des qualités de surface indéniables. La direction artistique, lorsqu’elle ose s’éloigner des décors marron et poussiéreux, laisse entrevoir un univers plus vaste, peuplé de races aliens, de bars intergalactiques et de territoires hostiles. Le projet semble vouloir croiser l’imaginaire des Gardiens de la galaxie, la rudesse d’un western spatial et l’efficacité d’un récit de vengeance à la John Wick. L’ambition est lisible, mais l’alchimie reste fragile.

Craig Gillespie, cinéaste capable de filmer l’énergie chaotique de personnages à vif dans Moi, Tonya, trouve parfois de beaux moments de tension. Certaines scènes d’affrontement ont une vraie puissance conceptuelle : voir Kara répondre physiquement à des figures masculines toxiques aurait pu donner au film une dimension cathartique réjouissante. Pourtant, le découpage devient régulièrement brouillon, comme si la caméra hésitait entre lisibilité chorégraphique et agitation spectaculaire. Le résultat frustre d’autant plus que l’idée de départ promettait des impacts plus mémorables.

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Les effets visuels tiennent globalement la route, sans atteindre le niveau d’émerveillement que l’on attend d’un voyage cosmique. Le film ne s’effondre pas techniquement, mais il manque souvent de personnalité visuelle. Les planètes traversées paraissent fonctionnelles, les environnements s’enchaînent comme des étapes de jeu vidéo, et la bande-son, bien que ponctuée de passages musicaux censés amplifier l’émotion, ne parvient pas toujours à décoller. Un blockbuster peut être imparfait tout en ayant une signature sonore forte ; ici, plusieurs séquences semblent attendre un souffle qui ne vient jamais totalement.

Un humour discret, une noirceur assumée, mais une tonalité mal équilibrée

Le film tente ponctuellement l’humour, notamment par les décalages entre Kara, Krypto et les personnages croisés sur sa route. Ces moments déclenchent quelques sourires, mais rarement de vrais éclats. Le problème n’est pas que Supergirl ne soit pas assez drôle ; il est plutôt que le long métrage ne semble jamais complètement choisir sa couleur. Trop sérieux pour embrasser le pur space opera pop, trop balisé pour devenir une tragédie super-héroïque marquante, il reste dans une zone médiane qui atténue ses meilleures intuitions.

Cette hésitation se ressent aussi dans l’usage de Lobo, incarné par Jason Momoa. Sa présence promettait une étincelle anarchique, presque une collision entre deux tempéraments ingérables. Mais le personnage paraît étrangement périphérique, au point de donner l’impression qu’il aurait pu disparaître sans modifier profondément l’intrigue. Dans un univers partagé, chaque apparition secondaire doit nourrir soit le récit immédiat, soit l’avenir global du monde installé. Ici, l’effet caméo prend trop souvent le dessus sur la nécessité dramatique.

Le contraste est net avec d’autres films récents qui assument pleinement leur registre, comme le montre la critique de Backrooms chez A24, où l’identité formelle devient un moteur narratif. Supergirl, lui, dispose de plusieurs ingrédients intéressants, mais les assemble avec une prudence qui bride son étrangeté.

Supergirl photographiée de profil en train de voler horizontalement à grande vitesse à travers une atmosphère sombre, brumeuse et chargée de poussière. Elle a les deux bras tendus vers l'avant, les poings fermés, le visage concentré. Sa cape rouge emblématique flotte derrière elle, contrastant avec le bleu de sa combinaison.

Pourquoi Supergirl reste un film DCU trop moyen malgré une actrice formidable

Le principal défaut du film vient de son scénario. Sans dévoiler les ressorts majeurs de l’intrigue, Supergirl s’appuie sur une structure très connue : une attaque intime, une demande d’aide, une quête de vengeance, puis une succession de lieux où obtenir des informations avant l’affrontement attendu. Ce canevas peut fonctionner lorsqu’il est porté par des personnages secondaires solides ou par une mise en scène inventive. Ici, il donne plutôt l’impression d’un parcours obligatoire, comme si l’histoire cochait des cases au lieu de se laisser contaminer par la singularité de Kara.

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Le méchant souffre particulièrement de cette écriture trop standardisée. Il représente une menace utile, mais rarement fascinante. Son rapport à Kara manque de tension intime, et son existence ne questionne pas assez l’héroïne pour devenir un véritable miroir dramatique. Or, les meilleurs antagonistes de films de super-héros ne sont pas seulement puissants : ils obligent le protagoniste à se définir. Ici, l’adversaire déclenche l’action, mais ne la densifie pas.

Les personnages secondaires connaissent le même problème. La jeune fille qui sollicite l’aide de Kara apporte une motivation compréhensible, parfois touchante, mais son développement reste trop mécanique. Les scènes où leur duo devrait gagner en complexité se contentent souvent d’opposer cynisme et détermination avant d’avancer vers l’étape suivante. Le film aurait gagné à ralentir pour observer leurs contradictions, leurs maladresses, leurs silences. Après tout, que vaut une odyssée intergalactique si les compagnons de route ne deviennent jamais indispensables ?

L’avenir de Supergirl dans le DCU : une promesse plus forte que le film lui-même

Malgré ses limites, ce deuxième film du DCU n’est pas un accident industriel ni une purge comparable aux pires errements des anciens univers super-héroïques. Il réussit au moins une chose capitale : installer Kara Zor-El comme une figure que l’on a envie de revoir. La perspective de la retrouver face à Superman, notamment dans la suite Man of Tomorrow, devient même plus stimulante que l’aventure proposée ici. La dynamique entre un Kal-El lumineux et une Kara plus abîmée pourrait offrir au DCU un contraste émotionnel précieux.

Pour Milly Alcock, le film pourrait aussi agir comme un tremplin majeur. Même quand l’intrigue patine, elle maintient l’attention par une forme de sincérité rageuse. Sa carrière gagne ici un rôle populaire susceptible de la faire passer d’actrice remarquée à véritable visage de franchise. Ce n’est pas rien dans un paysage hollywoodien où les sagas cherchent moins des silhouettes interchangeables que des présences capables d’incarner une direction artistique entière.

Le constat reste donc nuancé : Supergirl vaut davantage pour ce qu’il annonce que pour ce qu’il accomplit. Sur une durée pourtant raisonnable, le film paraît parfois étiré, comme si une grande partie de son intrigue occupait l’espace laissé vacant entre deux scènes vraiment habitées par Kara. Milly Alcock ne sauve pas tout, mais elle empêche le projet de sombrer dans l’anonymat.

La cousine de Superman méritait un film plus audacieux, plus tranchant, plus digne de son chaos intérieur. Elle obtient pour l’instant une vitrine correcte, imparfaite, sauvée par une actrice qui comprend déjà mieux son héroïne que le film qui l’entoure.

Léa Duval
Léa Duval
Depuis l’adolescence, Léa écume les salles obscures, carnet en main. Après un master en journalisme culturel, elle a travaillé pour plusieurs magazines spécialisés. Son regard aiguisé et sa sensibilité artistique lui permettent d’analyser les tendances du cinéma français et international.

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